Par Germaine K. ANATE
Introduction
Le thème d’enseignement comporte deux mots clefs que je veux explorer avec vous au cours de cet enseignement : ce sont les mots « mission » et « humilité ».
Mais de quoi parlons-nous ? Pour la femme, de quelle mission s’agit-il ? Quels sont les domaines dans lesquels elle se déploie et comment l’humilité comme vertu peut constituer cette force extraordinaire et cette clef unique qui nous ouvre la porte des grâces divines à l’instar de la Vierge Marie. Comme le souligne fort bien Saint Bernardin : « De même que personne, après Jésus, ne s’est élevé aussi haut que Marie sur les sommets de la grâce, de même personne n’est descendu aussi profondément dans les abîmes de l’humilité ».
Notre péché nous a éloignés de Dieu, de ce que nous sommes réellement et de notre place dans l’univers. Pour nous racheter et nous redonner notre vraie identité, Il a envoyé son fils unique Jésus Christ qui, après avoir accompli sa mission et avant de retourner vers le Père nuos a laissé aussi une mission et donné des instructions.
Tout homme et toute femme, créature de Dieu, a reçu une mission du Créateur. Le chrétien, la chrétienne plus que tout autre personne, doit découvrir et accueillir sa mission. Il ou elle est appelé(e) à vivre cette mission reçue de Dieu en Christ, avec le Christ et par le Christ, en toute humilité et par la grâce de l’Esprit Saint, don de Dieu.
Nous reviendrons dans la deuxième partie de l’enseignement sur l’humilité, force intérieure et arme pour tout serviteur de Dieu.
Pour l’instant, arrêtons-nous sur le mot mission. La langue française nous donne plusieurs sens. Je vous en propose deux.
1- une mission est un pouvoir ou une charge donné(e) à quelqu’un de faire quelque chose. Ce sens découle probablement du sens étymologique du latin « missionem » qui signifie « envoi ».
2- Le deuxième sens nous parle de but ou d’objectif que l’on s’efforce d’atteindre.
Tout disciple du Christ est un missionnaire, c’est-à-dire un envoyé, un messager. Dans sa mission Rédemptrice, le Christ nous recrée ; par sa mort et sa résurrection il nous donne une nouvelle vie et nous demande de poursuivre son œuvre de rédemption en annonçant la bonne nouvelle du salut aux hommes. Ce n’est pas un discours religieux, ce sont des actes concrets qui sont attendus du disciple. La femme chrétienne, disciple donc du Christ à un rôle spécifique à jouer dans le salut du monde.
Première partie : Mission de la femme dans le monde et dans l’église
Ma sœur, tu es la fille bien aimée du père. Le sais-tu ? Pour ceux et celles qui ont des enfants, vous savez combien nous prenons plaisir à envoyer nos enfants bien aimés, à leur confier à eux et pas à un autre des tâches délicates, nous leur confions nos trésors pour les garder parce que nous avons confiance en eux, parce que nous savons qu’ils vont en prendre soin comme nous-mêmes l’aurions fait.
La femme a dès l’origine, de par sa nature et sa position, reçu la grâce de l’enfantement. Toutes les sociétés la lui reconnaissent naturellement et nourrissent des attentes à cet effet. En effet, c’est elle qui porte la semence de vie jusqu’à maturité pour la donner ensuite au monde par la naissance. Et quand l’enfant vient au monde, commence un autre travail d’enfantement qui passe par l’éducation humaine et spirituelle.
Ainsi, la mission de la femme est une mission aux multiples dimensions. En effet, il y a au moins trois niveaux d’enfantement où la femme est attendue : niveau biologique (pour celles qui le peuvent), niveau social et niveau spirituel.
- Le premier niveau correspond à l’engendrement de la vie sur le plan biologique.
Dans ce premier niveau de sa mission d’enfantement –engendrement la femme n’as pas trop collaboré. Bien sûr, il a fallu qu’elle accepte d’accueillir la vie en elle, de la garder durant neuf mois. Elle a eu a protéger la vie qui grandit en elle par des choix responsables qui lui ont parfois imposé des sacrifices (ne pas boire d’alcool, ne pas manger ceci ou cela, ne pas faire telle activité, etc.).
La femme est donc ce canal par lequel le Créateur opère pour faire venir au monde un être humain. Cependant, elle ne sait pas vraiment comment ce mystère s’est réellement déployé en elle pour devenir la petite fille ou le petit garçon que la femme reçoit dans ses bras à l’accouchement.
- Dans les deuxième et troisième niveaux d’enfantement :
Bien que le mot enfanter soit synonyme d’engendrer ou de procréer, il prend ici une autre dimension : il est question d’élever l’enfant que mis au monde à une autre hauteur. La femme-mère a la charge d’amener ce qui est déjà là vers autre chose, dans la quête d’un achèvement ou d’une sorte de perfection. Sur le plan mystique ou spirituel, c’est donner une nouvelle vie, élever, rendre digne du Christ non seulement nos enfants biologiques mais tous les enfants de Dieu par la formation, l’instruction, l’évangélisation.
C’est par cette mission d’enfantement que la femme devient « coopératrice », pour reprendre l’expression de St Paul, de l’œuvre de Dieu. C’est grand et c’est merveilleux !
Cependant revenons sur le verbe « élever » dont le premier sens est : mettre plus haut, augmenter, construire. Vous réalisez bien avec moi que quand je dis que j’élève un enfant c’est que je travaille pour l’amener plus haut, l’augmenter (en lui donnant plus que ce qu’il a déjà, ou en lui révélant ce qu’il est et qu’il ignore encore) afin de l’aider à se construire. Comment, par quel processus cela va se faire ? Ici intervient le sens figuré du verbe élever : instruire, donner une éducation, nourrir.
Etre mère est une mission, une mission d’enfantement par laquelle Dieu demande à la femme de travailler consciemment, ardemment pour bâtir avec lui et faire grandir ces êtres qu’Il lui confie afin de les amener plus haut.
Oui, mes chères mamans, les enfants ne nous appartiennent pas, ils appartiennent à Dieu qui nous les confie et nous demande d’en prendre soin, de les faire fructifier, les faire advenir à une autre naissance, dans le respect de la loi divine qui est imprimée en chacun de nous.
- Mission de la femme, une grande responsabilité !
Ma sœur es-tu consciente de cette grande responsabilité qui t’incombe ? As-tu réellement accepté cette mission ? Si oui, sache que tu n’es plus simple réceptacle mais tu es actrice, appelée à participer à l’œuvre du Dieu Créateur. Si tu l’as accepté dit OUI, Fiat à la manière de la Vierge Marie. Un oui total qui t’oblige à te donner corps et âme pour la réussite de ta mission.
Ainsi, tu passes d’une maternité « restreinte », maternité de génitrice, à une maternité tellement plus grande, celle d’enfantement social et spirituel non seulement de tes enfants naturels mais aussi de tous les autres qui croiseront ton chemin.
Le champ de la mission de la femme est large et se décline de manière diverse et variée. Ils couvrent tous les domaines : la famille, les lieux de formation, l’église, l’environnement professionnel, la vie sociétale dans son ensemble.
Cette dimension plus large de la maternité se joue dans tous les aspects de la vie de l’être humain. Elle amène la femme chrétienne à changer de vision sur son rôle, à changer de perception et de perspective pour sa mission. Dès lors, la femme doit travailler pour l’enfantement des enfants qui lui sont confiés à la naissance, pour l’enfantement de son mari, de chaque membre de famille et belle famille. Et, à travers tout cela, elle travaillera à son propre enfantement.
Au travail, dans la cité, tous ceux qui croisent son chemin doivent dire : j’ai trouvé une maman qui m’a fait grandir, qui m’a aidé à m’épanouir. A l’église, elle a aussi la mission de s’occuper de l’enfantement des prêtres, et des autres fidèles par ses prières d’intercession et par ses actions.
Chaque femme doit se poser cette question essentielle : Est-ce que les gens m’appellent maman uniquement par politesse ou bien c’est parce que je suis cette maman agissante qui porte ceux qui croisent son chemin vers le haut ?
Je me souviens que pendant longtemps ma fille, quand elle était petite, pleurait lorsque d’autres personnes m’appelaient maman. Dans son entendement, je suis sa maman à elle seule, elle ne comprenait pas que d’autres veuillent partager ou lui prendre sa maman. A 13 ans elle ne comprenait toujours pas. Et puis un jour, elle m’a simplement posé la question lorsqu’elle a entendu un jeune que j’accompagnais, m’appeler marraine avec beaucoup d’affection. Alors j’en ai profité pour lui expliquer qu’on n’est pas seulement mère des personnes qu’on a mises au monde, mais d’autres peuvent nous choisir comme maman parce qu’ils ont aussi besoin de notre attention, de notre accompagnement pour les aider à mieux construire leur vie, etc.
- Quelles directions suivre pour réussir la mission ?
Voici d’autres questions fondamentales que la femme chrétienne doit se poser toujours, en termes d’orientations nécessaires pour assumer pleinement son rôle :
Quelle nourriture je donne à manger à mes enfants, à ceux que je dois enfanter ? Sur le plan des valeurs sociales, sur le plan des valeurs spirituelles, qu’est-ce que j’offre ? Dans l’instruction que je leur donne, quels chemins je leur montre ? Est-ce que je leur apprends à suivre le Christ, à suivre les principes divins, à vivre selon les commandements de Dieu ?
Je sais par expérience que ce n’est pas une tâche facile, mais je suis convaincue que la femme chrétienne ne devrait pas élever les enfants comme le ferait n’importe quelle autre femme, de n’importe qu’elle manière. Parce qu’on n’élève pas quelqu’un au hasard : tous les moyens ne conduisent pas à l’élévation. Certains moyens conduisent malheureusement à la déchéance. Il y a des modèles auxquels on veut que l’enfant corresponde, il y a des principes et des valeurs qu’on lui inculque. Qu’elles sont tes valeurs ma sœur : le mensonge, la violence, la cupidité, la jalousie, la méchanceté, la haine, l’orgueil, etc. ? Ou bien l’honnêteté, la douceur, la tempérance, la compassion, la charité, l’obéissance, l’humilité, la paix, etc. ? Quel chemin tu lui traces, chemin de lumière ou des ténèbres ? En réalité, si tu te trompes de « nourriture » ton enfantement sera stérile.
Attention, la transmission ne se fait pas non plus par les discours seulement mais aussi par un témoignage de vie. Ainsi, chacun doit se demander s’il est un modèle que d’autres peuvent ?
Suis-je l’artisan de paix et de joie dans ma famille ? Suis-je ce pilier ou cette colonne vertébrale qui fait tenir la famille, cette personne qui rassemble les brebis égarées ou au contraire, je suis l’arme qui divise et éloigne ?
On voit tellement de souffrances dans les familles, dans les différentes communautés qu’on se sent parfois triste et impuissant.
Personnellement, j’ai eu le cœur déchiré parfois en entendant des cris de détresse de certaines femmes qui appelaient au secours. Un jour, l’une d’elle m’a dit exactement : « s’il vous plait, aidez-nous à éduquer nos enfants. Ils nous dépassent, ils sont violents, ils montent sur nos têtes et on ne sait plus comment faire ».
C’est parfois très très dur mais, lorsque vous avez l’impression d’avoir épuisé tous les moyens, sur le plan humain, dites-vous que c’est là que votre mission commence de plus belle. Mettez-vous à genoux pour prier et supplier, mes chères sœurs. Prier et prier toujours, tout le temps nécessaire, 5 ans, 10 ans, 30 ans, une éternité s’il faut comme Sainte Monique l’a fait pour ramener son Fils Augustin dans le droit chemin, devenu le grand Saint, docteur de l’Eglise que nous connaissons. J’ai rencontré beaucoup de Monique et je rends grâce à Dieu pour ces femmes de combat.
Je ne veux pas insister ici sur l’efficacité de la prière d’une mère, je veux seulement souligner cet autre aspect de la mission d’enfantement de la femme que représente la disposition pour intercéder. Nous devons intercéder auprès de Dieu pour qu’il vienne à notre secours, au secours de nos enfants pour les libérer de ce qui les empêche d’être réceptifs à l’éducation aux bonnes valeurs que vous lui transmettez.
- C’est si difficile de montrer le chemin quand on se cherche soi-même.
Beaucoup de mères sont, malheureusement, elles-mêmes des personnes en souffrance ! Certaines sont encore des enfants soit parce qu’elles sont devenues mères trop tôt (on voit beaucoup de grossesses précoces chez des adolescentes voire pré-adolescentes) ; D’autres n’ont pas pu bénéficier de l’environnement qui devait les élever, ou simplement elles sont paralysées par tellement de problèmes et de blessures qu’elles se sont refermée sur elles-mêmes au lieu d’être centrer sur la mission et les personnes qui leur ont été confiées.
Oui, comment savoir donner si on n’a pas d’abord appris à recevoir ? Car on ne donne que ce qu’on a reçu. Comment guider, instruire si soi-même on est aveugle ?
Que chacune de nous prie et demande au Seigneur de l’enfanter de nouveau, aujourd’hui par le don de l’Esprit Saint, de la guérir, de la libérer de toutes les entraves, et de nous remplir de sa Lumière et de son Amour pour que chaque femme puisse à son tour enfanter dans la vérité.
Il nous faut être conscientes que nous ne pouvons pas réussir notre mission sans Dieu. C’est Dieu qui envoie en mission : il veut se servir de toi, femme, pour enfanter ta famille comme il l’a fait avec Ruth. Dieu veut se servir de toi pour enfanter la communauté, son peuple comme il l’a fait avec Déborah, Esther, Judith. Dieu veut se servir de toi pour sauver l’humanité comme avec la Vierge Marie, mère de Dieu et mère des hommes. Es-tu prête, femme chrétienne à te laisser utiliser par le Seigneur ?
Si de nombreuses femmes, dans la Bibles, ont été de dignes servantes du Seigneur et qu’elles ont pu accomplir leur mission, c’est qu’elles ont découvert le secret de Dieu. Elles ont trouvé la clef du cœur de Dieu. Cette clef, mon frère, ma sœur c’est l’humilité. Ce sera l’objet de la deuxième partie de cet enseignement.
Lire la deuxième partie sur le lien ci-dessous:

