Mon monde à moi

Quel monde voulons-nous créer, après COVID-19 ?

Mme Kouméalo Anaté

Mme Germaine Kouméalo Anaté

La pandémie à  COVID-19 a apporté de nombreux bouleversements dans le vécu des peuples, la gestion et la gouvernance des pays, dans les relations internationales et de coopération, dans l’imaginaire et le rôle de la science, etc. On peut sans se tromper constater qu’il y a un monde avant et il y aura un monde après covid-19.

La crise sanitaire mondiale vécue en direct par une sur-médiatisation, a montré les limites des uns et les forces des autres, fragilisant désormais les rapports de forces traditionnellement établis.

Il est évident que presque personne n’était préparé à la survenue de  pandémie liée à la covid-19. D’où les improvisations, les cafouillages, les guerres de pouvoir et bien  d’autres révélations sur l’agir humain observés dans la gestion de cette pandémie. Mais bien plus, elle s’impose désormais comme un élément de rupture systémique qui ne laisse aucune société indemne, et oblige à tout remettre en cause et à questionner l’avenir de nos sociétés.

En effet, cette pandémie a modifié profondément l’économie mondiale, les relations internationales, les politiques des pays, le système éducatif et celui de santé, etc.

Pour ce qui adviendra du monde de demain, nul ne le sait encore. Cependant, je me suis livré à un petit exercice sur les enseignements qu’on peut tirer de cette crise sanitaire et sur les valeurs qui pourrait orienter l’agir humain de demain.

Commençons par quelques constats rapides :

– La crise sanitaire a montré simplement que la nature a toujours le dernier mot quel que soit le degré de sophistication du monde. C’est pourquoi l’homme doit absolument la respecter.

– Quel que soit le niveau scientifique atteint nous ne sommes pas à l’abri d’une pandémie qui peut décimer une bonne partie de l’humanité.

– Les leçons à tirer, c’est la nécessaire solidarité (on a vu les frontières se fermer, d’autres pays ont refusé d’envoyer des moyens pour soutenir leurs frères. La lois de la jungle a pris le dessus jusqu’à ce que les plus forts s’abaissent pour aller même sur le tarmac des aéroports détourner le matériel de lutte contre la pandémie destiné à d’autres…

– Par manque d’esprit de sincérité et de coopération, certains responsables ont passé leur temps à chercher des coupables, à accuser les uns et les autres.  Cette logique d’accusation a généré des tensions souvent inutiles au détriment  de la logique de solidarité qui aurait permis de trouver des solutions appropriées et équitables plus rapidement…

– Aucun peuple n’est suffisamment riche ou trop pauvre pour bénéficier de la générosité et de l’esprit d’inventivité des autres, ou pour apporter sa contribution à la solidarité universelle

– Les médias ont joué tous les rôles possibles : éclaireur, épouvantail, fabricants, censeurs, etc.

– La science, les technologies, des institutions sont de plus en plus colonisées par les logiques de rentabilité, de profit, de chantage, d’exclusion et de pillage, avec souvent une éviction de l’homme qu’on prétend servir.

Alors peut-on rêver à un monde idéal après le COVID ? Si oui à quoi ressemblerait-il ? Sur quelles valeurs devrait-il reposer ?

De mon point de vue, le monde idéal dans 25 ans doit être plus intelligent que le monde d’aujourd’hui, c’est-à-dire, un monde où les hommes savent vraiment discerner le bien du mal, tirer réellement les leçons du passé pour bâtir le présent et penser l’avenir sur des principes dont le maître mot restera l’anticipation, et dont les valeurs maîtresses sont : l’amour, la dignité, le respect, la solidarité. Un monde où l’homme aime l’homme, le respecte et respecte son environnement. Bref, un monde où l’homme, la  science et la technologie sont humanisés et retrouvent leur essence.

L’urgence d’anticiper

L’anticipation dont il est question ne signifie pas que l’homme peut tout prévoir, d’ailleurs il doit avant tout arrêter de vouloir se substituer à Dieu qui seul, nous disent les textes religieux, est omniscient.

Une anticipation à multiples volets à considérer comme des piliers ou des mécanismes à mettre en place de manière pérenne pour supporter tout le reste.

– Sauvegarder de la nature au nom de l’interdépendance entre les systèmes et les règnes.

– Ne jamais décourager ou freiner l’esprit de créativité et d’inventivité des peuples, surtout chez les jeunes. Le monde est continuellement en création et en perfectibilité constante. Avec le COVID-19, nous avons pu voir une éclosions ou expression encore plus grandes de talents, nous avons  assisté  dans différents pays à un bouillonnement d’innovation sans limite

– Retrouver la culture de la vie : nous sommes actuellement dans la culture de la mort (guerre, armes, violences, violentes, domination, exploitation de l’autre, asservissement, avidité, accaparement, etc.)

– Redonner à la notion de coopération un vrai contenu en le soutenant par le principe de solidarité que nous avons négligé, alors qu’il s’impose à nous depuis la nuit des temps avec la réalité qu’est la nôtre : individus et sociétés interdépendants. Elle ne doit plus être synonyme de domination et d’occidentalisation.

– Repenser le fonctionnement et le rôle de l’ONU pour quelle retrouve la dimension universelle à laquelle elle aspire.

– Assurer, sans tricher, la circulation des savoir et des connaissances.

– Humaniser l’homme, la science, la technique, les institutions, etc.

– Décoloniser les mentalités et l’agir humain.

– Redonner la place qu’il faut à l’éthique, à la morale et au spirituel.

-Sortir des logiques de confrontation et de chantage.

-Faire la promotion de la santé et non des maladies.

-Défendre l’égalité cultures et des peuples.

-Libérer la créativité et l’inventivité des jeunes et des femmes.

Etc.

Il ne s’agit pas d’un catalogue exhaustif à dresser. Nous voulons simplement dire que l’anticipation est avant tout un état d’esprit, une vision, et une manière de faire les choses. Bien évidemment, malgré les prédictions, il est difficile d’anticiper toutes les catastrophes naturelles, économiques, sanitaires, etc. On peut néanmoins  anticiper sur notre capacité à agir, notre volonté à  dialoguer et à gérer les crises en ne sacrifiant personne, dans un esprit de solidarité, avec des objectifs et des stratégies au service de l’humain et non de quelques hommes….

Pour conclure :

Dans le monde de demain,  l’homme qui manipule la science et la technique devra désormais considérer le monde et son contenu non pas comme des ressources (à exploiter n’importe comment), mais comme des « voisins » avec lesquels ont doit vivre en harmonie, et gérer avec respect. La nouvelle  science sera fondamentalement humaniste, basée sur des principes universelles.

Certains me diront que c’est un rêve pieux, et vous avez peut-être raison. Mais si l’homme décide, il pourra inventer un monde dans lequel les êtres humains se sentiront bien, non pas parce qu’ils auront accumulé les ressources matériels et financières  mais parce qu’ils auront bâti le monde de leur rêve, ils se seront créés d’immenses oasis dans le désert offrant ainsi la possibilité à chacun d’être à l’aise et de mieux vivre.

Bref, il est temps de changer les choses ; de faire les choses autrement, de penser autrement, pour bâtir un monde plus humain et plus solidaire.

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